"... Je ne voyais ni son visage, ni ses mains, ni le regard qu'il aurait eu, ses yeux posés sur moi. Cachée derrière un mur, c'était juste son ombre qui débordait, coulait en laves sur un sol parsemé d'étoiles. Je ne discernais que sa silhouette, un contour tracé norci, une ébauche. Je l'imaginais sans doute grand, mais la couleur de ses cheveux, celle de sa peau, celle de ses yeux ne venaient pas à mon esprit. Je ne voyais pas l'image désirée et pourtant cette ombre, que je suivais depuis la fin de cette jouenée, m'enivrait et m'ensorcelait. Tendrement, j'ai alors quitté l'abri, le mur qui me séparait de lui. J'aurais pu rester encore quelques instants à observer les tracés sur le sol parsemé d'étoiles. Mais j'ai quitté l'abri pour voir le contour tant imaginé. Il n'y avait personne. Le croiriez-vous? Il n'y avait qu'une ombre qui n'était pas la mienne, une ombre sans bagage. Me voyait-elle? Ni ses mains, ni son regard. Lorsqu'elle s'approcha de moi, je sus qu'il était trop déjà trop tard. La nuit m'enveloppait d'ombre. Et je naissais ombre sur le sol parsemé d'étoile."
Carole WRONA